Pourquoi les souris domestiques ont-elles autant de couleurs et de marquages ?
Quand on pense à une souris, on imagine souvent une petite souris blanche, grise ou brune.
Et puis on découvre les couleurs des souris domestiques sélectionnées.
Noires, chocolat, bleues, rousses, siamoises, merle, splashed, piebald… parfois même plusieurs couleurs et plusieurs types de marquages sur la même souris.
Et forcément, à un moment, une question finit par arriver :
mais comment peut-on obtenir autant de différences chez une seule et même espèce ?
La réponse tient en grande partie dans un mot qui peut rapidement faire peur quand on commence à s’y intéresser : la génétique. 😅
Mais rassure-toi, aujourd’hui je ne vais pas te sortir un tableau rempli de lettres, d’allèles et de combinaisons improbables en espérant que tu survives jusqu’à la conclusion.
Pour commencer, on va simplement apprendre à regarder une souris et à comprendre pourquoi deux individus peuvent avoir des apparences complètement différentes.
Et tu vas voir, une fois qu’on commence à observer les détails, ça devient rapidement assez addictif.

Couleur, marquage… ce n’est pas exactement la même chose
Avant d’aller plus loin, il faut déjà distinguer deux choses que l’on mélange très facilement lorsqu’on débute : la couleur de la souris et son marquage.
Une souris peut par exemple avoir une couleur noire, tout en présentant de grandes zones blanches sur le corps.
Le noir correspond alors à sa couleur, tandis que la répartition des zones colorées et blanches correspond à son marquage.
Pour simplifier, on pourrait presque imaginer la couleur comme la peinture de départ, et le marquage comme la manière dont cette peinture va être répartie sur la souris.
Évidemment, la vraie génétique est un peu plus compliquée que mon pot de peinture imaginaire. Sinon les généticiens auraient beaucoup moins de travail. 😂
Mais pour commencer à comprendre ce que l’on voit, cette image fonctionne plutôt bien.
Une souris peut déjà avoir énormément de couleurs différentes
Chez la souris domestique, plusieurs gènes interviennent dans la production et la répartition des pigments.
Selon les combinaisons héritées de ses parents, une souris pourra donc être noire, chocolat, bleue, rousse, beige, grise… et ce n’est qu’un aperçu.
Certaines modifications génétiques vont changer la nature du pigment produit, tandis que d’autres vont surtout modifier son intensité.
C’est notamment ce qui explique l’existence des dilutions.
Une couleur initialement très foncée peut ainsi devenir beaucoup plus claire lorsqu’un gène vient diminuer l’intensité de la pigmentation.
C’est aussi pour cette raison que deux souris qui semblent complètement différentes à première vue peuvent parfois être beaucoup plus proches génétiquement qu’on ne l’imagine.
Et inversement, deux souris qui se ressemblent énormément peuvent cacher des différences que l’œil ne peut tout simplement pas voir.
Mais ça, on y reviendra plus tard. Parce que si je commence déjà à parler de génotype et de phénotype, je vais perdre les trois quarts d’entre vous avant même d’avoir sorti les photos. 😅
Self, piebald… quand le blanc entre dans l’équation
NBZH Katara, souris blue self NBZH Musa, souris blue piebald
Une souris self possède une coloration uniforme sur l’ensemble du corps.
Mais chez d’autres souris, des zones blanches viennent interrompre l'expression de cette couleur.
C’est notamment ce que l’on retrouve avec le piebald.
La quantité de blanc peut énormément varier d’un individu à l’autre. Certaines souris n’auront que quelques zones colorées, tandis que d’autres resteront très majoritairement colorées avec seulement quelques plages blanches.
C’est justement ce qui rend ces marquages intéressants à observer : même au sein d’une même portée, deux petits peuvent présenter des répartitions complètement différentes.
Et évidemment, quand ils commencent à courir dans tous les sens à quelques semaines, ça devient également très pratique pour les reconnaître. 😅
Et le merle ?
Quelques exemples de souris merle : le contraste et la répartition des zones colorées peuvent énormément varier d’un individu à l’autre.
Le merle apporte encore autre chose.
Au lieu d’avoir une couleur uniforme sur l’ensemble du corps, le pelage présente un fond roané, plus clair et mêlé de poils blancs, sur lequel apparaissent des zones de couleur plus soutenue et plus uniforme.
C’est cette alternance entre le fond plus clair et les zones colorées qui donne au merle son aspect si particulier.
Selon la souris, le contraste peut être très marqué ou beaucoup plus discret, et la répartition de ces zones varie énormément d’un individu à l’autre.
C’est aussi une variété qui peut beaucoup évoluer visuellement pendant la croissance. Chez les souriceaux, certaines différences commencent à apparaître assez tôt, mais le résultat adulte n’est pas toujours évident à deviner dès les premiers jours.
Évolution du pelage merle chez une même souris : jeune à gauche, adulte à droite
Autrement dit, regarder une portée merle évoluer peut devenir une activité quotidienne parfaitement raisonnable.
Enfin… c’est ce que je me raconte. 😂
Le splashed : quand les couleurs semblent avoir leur propre volonté
Trois expressions différentes du splashed : la répartition et l’intensité des zones colorées peuvent beaucoup varier d’un individu à l’autre.
Avec le splashed, on entre encore dans un autre type de répartition de la couleur.
Le pelage présente des zones plus ou moins foncées, parfois très contrastées, parfois beaucoup plus diffuses.
Et c’est là que les portées deviennent particulièrement intéressantes visuellement.
Deux souriceaux issus des mêmes parents peuvent présenter des motifs complètement différents. L’un sera très marqué, un autre beaucoup plus clair, un troisième aura des zones sombres concentrées sur certaines parties du corps…
C’est exactement ce que l’on peut observer actuellement sur certaines portées de l’élevage : à la naissance, tout le monde ressemble plus ou moins à une petite crevette rose, puis quelques jours passent et les différences commencent brutalement à apparaître.
À ce moment-là, je pourrais passer beaucoup trop de temps à comparer les bébés.
Je refuse de confirmer combien. 😅
Le siamois, une couleur qui évolue
La même souris siamoise à deux âges différents : les points se pigmentent progressivement au cours de la croissance.
Le siamois est particulièrement intéressant parce que son apparence ne reste pas identique tout au long de sa croissance.
Les souriceaux naissent très clairs, puis les extrémités commencent progressivement à se pigmenter.
Le museau, les oreilles, les pattes et la base de la queue vont alors devenir plus foncés.
Cela signifie qu’une souris siamoise de quelques jours ne ressemble pas encore vraiment à la souris adulte qu’elle deviendra.
Et c’est également une excellente démonstration d’une chose importante : identifier une variété sur un souriceau très jeune n’est pas toujours aussi simple qu’on pourrait le croire.
Il arrive qu’on ait une idée très rapidement.
Et il arrive aussi qu’on regarde un bébé pendant plusieurs jours en se disant :
« Bon… toi, qu’est-ce que tu fabriques exactement ? » 😂
Puis la pigmentation évolue et tout devient beaucoup plus évident.
Et les souris tricolores ?
Trois souris tricolores issues de la même portée : malgré des parents communs, la répartition des couleurs et du blanc peut varier fortement d’un individu à l’autre.
Les souris tricolores attirent énormément le regard, et on comprend facilement pourquoi.
Elles présentent plusieurs zones de couleurs différentes associées à du blanc, donnant parfois des dessins particulièrement spectaculaires.
Mais une souris tricolore n’est pas simplement une souris sur laquelle trois couleurs auraient décidé d’apparaître au hasard.
Chez les lignées tricolores issues du splashed, leur apparence résulte de la combinaison de plusieurs mécanismes : le splashed va modifier la répartition des nuances colorées, tandis que le piebald va ajouter des zones blanches.
Selon la couleur de base de la souris et la manière dont ces différents éléments s’expriment, on peut ainsi obtenir des robes très différentes d’un individu à l’autre.
C’est justement ce mélange qui donne ces souris à l’apparence parfois spectaculaire, sans qu’il existe pour autant un simple « gène tricolore ».
Son apparence résulte de la combinaison de plusieurs éléments génétiques qui vont agir à la fois sur la couleur et sur sa répartition sur le corps.
C’est aussi pour ça que certaines combinaisons sont particulièrement recherchées dans les programmes de sélection : on ne travaille pas simplement une couleur, mais parfois plusieurs caractéristiques en même temps.
Et là, doucement, on commence déjà à entrer dans la vraie génétique.
Je vous avais promis de ne pas sortir le tableau de lettres aujourd’hui, donc je vais me tenir tranquille. 😇
Mais alors… pourquoi deux parents peuvent-ils donner des petits complètement différents ?
C’est probablement l’une des parties les plus fascinantes.
Parce qu’en génétique, ce que l’on voit sur une souris ne raconte pas forcément toute son histoire.
Une souris peut posséder certaines caractéristiques génétiques sans qu’elles soient visibles sur elle.
On dit alors, dans certains cas, qu’elle est porteuse.
Si elle rencontre un partenaire possédant lui aussi ce qu’il faut pour permettre à cette caractéristique de s’exprimer, elle pourra alors apparaître chez certains petits.
C’est ce qui explique pourquoi une portée peut parfois réserver quelques surprises.
On connaît l’apparence des deux parents, on a une idée de ce qu’ils peuvent produire… puis un souriceau arrive tranquillement avec une caractéristique que l’on ne voyait chez aucun des deux.
Et soudain, tout le monde ressort les pedigrees. 😂
C’est aussi pour cette raison qu’en élevage, connaître uniquement l’apparence d’une souris ne suffit pas toujours.
Son ascendance, les variétés présentes dans sa lignée et ce qu’elle a déjà produit peuvent apporter énormément d’informations.
C’est là que la sélection prend tout son sens
Lorsque l’on travaille une variété particulière, le but n’est pas simplement de mettre ensemble deux souris que l’on trouve jolies en espérant que la magie opère.
Enfin… techniquement on pourrait.
Mais niveau programme de sélection, on a vu mieux. 😅
On choisit les reproducteurs en fonction de ce que l’on souhaite conserver, améliorer ou faire apparaître dans les générations suivantes.
Cela peut concerner une couleur, un marquage, le type de poil, mais aussi évidemment la santé, le tempérament et d’autres caractéristiques importantes de la lignée.
La génétique des couleurs n’est donc qu’une petite partie du travail.
Une partie passionnante, certes.
Mais certainement pas la seule.
Alors, faut-il connaître toute la génétique pour apprécier les couleurs ?
Heureusement, non.
Et c’est justement pour ça que j’avais envie de commencer cette série de cette manière.
Avant d’apprendre les lettres, les loci et les combinaisons, on peut déjà apprendre à observer.
Regarder la couleur.
Repérer un marquage.
Voir une pigmentation apparaître progressivement chez un souriceau.
Comparer deux frères et sœurs qui, quelques jours après leur naissance, semblent déjà ne plus avoir grand-chose en commun.
C’est souvent comme ça que l’intérêt pour la génétique commence.
On remarque quelque chose.
Puis on se demande :
« Mais pourquoi celui-là est comme ça ? »
Et c’est généralement à ce moment-là que le piège se referme. 😅
Parce qu’une question en entraîne une autre, puis une autre… et un jour on se retrouve à discuter de génétique de souris beaucoup trop longtemps avec des gens qui trouvent ça parfaitement normal.
Pour aller un peu plus loin…
La génétique des couleurs chez la souris peut devenir extrêmement complexe, mais il n’est pas nécessaire de tout apprendre en une seule fois.
Aujourd’hui, l’objectif était simplement de comprendre une chose : l’apparence d’une souris est le résultat de plusieurs éléments génétiques qui peuvent se combiner de nombreuses façons.
C’est ce qui permet d’obtenir toute cette diversité de couleurs, de nuances et de marquages.
Et lorsqu’on commence à comprendre un peu ce qui se cache derrière ce que l’on voit, on ne regarde plus vraiment une portée de la même manière. ❤️
La prochaine fois que je parlerai génétique, on pourra donc pousser la porte un peu plus loin et s’intéresser à trois mots que l’on rencontre très rapidement lorsque l’on commence à parler génétique :
dominant, récessif et porteur.
Promis, je vais essayer de ne perdre personne en route. 😂




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